Adossé à l’église Notre-Dame-en-Saint-Melaine et bordant le célèbre jardin du Thabor, le Palais Saint-Melaine est l’un des joyaux architecturaux de Rennes. Si les promeneurs admirent aujourd’hui sa silhouette classique, peu connaissent la richesse de son passé.

 

L’ambition d’un abbé, la naissance du Palais Saint-Melaine

L’histoire du bâtiment commence avec Jean d’Estrades. Nommé abbé commendataire de l’abbaye Saint-Melaine, cet homme d’influence décide de doter le monastère d’un logis abbatial. Entre 1670 et 1672, il fait ériger le corps de logis principal. Le style est celui du Grand Siècle, symétrie parfaite, hautes fenêtres et fronton sculpté. Il y laissera son empreinte à tout jamais au travers des armoiries que l’on aperçoit encore sur le fronton central, qui sont celles de la famille d’Estrades.

       

 

Le centre du pouvoir provincial

En 1725, le palais change de destin. Il devient l’Hôtel de l’Intendance de Bretagne. C’est ici que réside le représentant du Roi. Sous la direction de l’ingénieur Pierre Le Mousseux, le palais s’agrandit pour accueillir les bureaux et le faste nécessaire à la fonction. Durant près de cinquante ans, les décisions majeures concernant la Bretagne se prennent entre ces murs.

 

L’époque des Évêques et les tourmentes de la Révolution

En 1770, l’évêque François Bareau de Girac cherche une résidence. Il jette son dévolu sur Saint-Melaine. Il y apporte des transformations luxueuses, notamment des boiseries et des parquets que l’on peut encore admirer aujourd’hui.

 

À la Révolution, le palais est saisi comme bien national. Pendant vingt ans, il devient lieu de cohabitation improbable entre quartier général de l’armée de l’Ouest et le premier Muséum d’histoire naturelle de Rennes.

 

Un destin républicain, de la Faculté au Rectorat

Après un retour sous le giron de l’Église au XIXe siècle, la loi de séparation des Églises et de l’État en 1905 change à nouveau la donne. En 1911, après quelques années d’abandon, le palais est affecté à la Faculté de Droit. Les étudiants occupent alors les salons de l’ancien évêque. Dans les années 1960, le bâtiment trouve sa dernière fonction en devenant le siège du Rectorat d’Académie. Bien que devenu administratif, le palais a conservé son âme, notamment grâce à la préservation de ses décors intérieurs.

 

Habiter l’histoire

Vivre dans le Palais Saint-Melaine, c’est habiter l’histoire de France. Des querelles entre abbés et moines du XVIIe siècle aux réformes éducatives du XXe, chaque pierre raconte une époque. Il reste l’un des rares exemples à Rennes d’une architecture qui a su traverser les siècles en changeant de fonction sans perdre de son prestige.

 

Architecte : H2O Architectes

Crédit photographies : Dimitri Lamour & Chroniques Conseil

Perspectiviste : Shape Studio

 

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